Examen de la proposition de loi de Dominique Raimbourg relative au Statut, Ă l’accueil et Ă l’habitat des gens du voyage
La proposition de loi du Groupe Socialiste relative au statut, Ă lâaccueil et Ă lâhabitat des Gens du voyage rĂ©pond avant tout Ă une promesse faite sous la prĂ©cĂ©dente lĂ©gislature, par les Socialistes, de supprimer les titres de circulation pour les Gens du voyage, jugĂ©s particuliĂšrement discriminatoires par la Gauche.
Or cette proposition de loi ne se contente pas de supprimer les titres de circulation : elle abroge lâintĂ©gralitĂ© de la loi du 3 janvier 1969 relative Ă lâexercice des activitĂ©s ambulantes et au rĂ©gime applicable aux personnes circulant en France sans domicile ni rĂ©sidence fixe. Lâobjectif de la Gauche est de faire des Gens du voyage des personnes de droit commun.
Toutefois, lâarticle 1er de la Proposition de loi supprime aussi les conditions particuliĂšres de rattachement administratif des Gens du voyage Ă une commune dite de rĂ©sidence. Les Gens du voyage seront juridiquement assimilĂ©s Ă des « Sans Domicile Stable » sâagissant du rattachement Ă une commune : ils devront dĂ©sormais obtenir une adresse, de leur choix, en sâenregistrant auprĂšs dâun CCAS ou dâune association agréée.
Ce faisant aussi, lâobligation posĂ©e par la loi de 1969 selon laquelle les Gens du voyage doivent choisir une commune de rattachement pour une durĂ©e minimale de 2 ans disparaĂźt ; disparaĂźt aussi la rĂšgle selon laquelle le pourcentage de Gens du voyage souhaitant sâaffilier Ă une commune ne peut dĂ©passer 3% de la population totale de la commune telle quâĂ©tablie lors du dernier recensement.
En effet, alors que lâancien rĂ©gime dĂ©rogatoire imposant aux gens du voyage un rattachement de trois ans dans une commune pour demander l’inscription sur les listes Ă©lectorales a Ă©tĂ©, assez opportunĂ©ment dâailleurs, censurĂ© par le Conseil Constitutionnel par une dĂ©cision dâoctobre 2012 (DĂ©cision n° 2012-279 QPC du 5 octobre 2012), la suppression opĂ©rĂ©e par cette PPL du seuil de 3 % de la population communale, au-delĂ duquel les Gens du voyage sont invitĂ©s Ă choisir une autre commune de rattachement, et instituĂ© Ă l’origine pour prĂ©venir toute manĆuvre Ă©lectorale, nâest pas intuitivement de bonne pratique.
La proposition de loi entend Ă©galement renforcer le pouvoir de substitution des prĂ©fets, en cas de manquement dâune commune ou dâun EPCI Ă ses obligations de construction dâaires dâaccueil. Le prĂ©fet pourra ainsi recourir Ă une procĂ©dure de consignation des fonds communaux ou intercommunaux, via un comptable public, en cas de refus caractĂ©risĂ©, et aprĂšs Ă©chec de toutes tentatives de conciliation avec la commune ou lâEPCI concernĂ©.
Si cette mesure vise Ă faire respecter aux collectivitĂ©s leurs obligations lĂ©gales, elle intervient nĂ©anmoins dans un contexte de rĂ©duction drastique des dotations aux collectivitĂ©s territoriales, et pointe une forme de dĂ©sengagement de lâĂtat en la matiĂšre. Cette charge est devenue extrĂȘmement difficile Ă supporter pour les collectivitĂ©s territoriales. Et les maires percevront nĂ©cessairement cette mesure comme un nouvel affront.
Ainsi, les députés Les Républicains ne sont pas satisfaits par ce texte :
- la suppression pure et simple du rattachement administratif des gens du voyage Ă une commune ne leur paraĂźt pas de bon aloi, quoi quâen dise la Gauche
- dâailleurs, les futures conditions de rattachement des gens du voyage via CCAS ou association sont encore floues :  le rapporteur reconnaĂźt lui-mĂȘme dans son rapport que le pouvoir rĂ©glementaire devra prĂ©ciser comment les gens du voyage auront Ă prouver leur lien avec une commune pour sây rattacher, les textes actuels ne pouvant pas tout Ă fait sâappliquer Ă leur situation spĂ©cifique !
- la procĂ©dure de consignation des fonds communaux ou intercommunaux en cas de manquement aux obligations lĂ©gales a du mal Ă passer, Ă lâheure oĂč le bloc communal se sent plus abandonnĂ© que jamais par lâEtat.
Certains « apports » de la commission des lois sont venus renforcer lâinquiĂ©tude des dĂ©putĂ©s Les RĂ©publicains, en particulier Ă lâarticle 2 oĂč :
- la PPL entend dĂ©sormais que les communes devront prĂ©voir des dispositifs de substitution en cas de fermeture temporaire dâune aire permanente dâaccueil !
- en prĂ©voyant que les schĂ©mas dĂ©partementaux prescrivent la rĂ©alisation dâaires permanentes dâaccueil, dâaires de grand passage mais Ă©galement de terrains familiaux locatifs, destinĂ©s Ă des gens du voyage partiellement ou totalement sĂ©dentaires habitant encore en caravane.
 Pour toutes ces raisons, les Députés du groupe Les Républicains ont voté contre.
Interventions de V. Duby-Muller sur le texte
Intervention sur l’article 1 :
Mme la présidente. La parole est à Mme Virginie Duby-Muller.
Mme Virginie Duby-Muller. La présente proposition de loi répond avant tout à la promesse faite sous la précédente législature de supprimer les titres de circulation considérés comme discriminatoires.
Lâarticle 1er va mĂȘme plus loin en abrogeant lâintĂ©gralitĂ© de la loi du 3 janvier 1969 relative Ă lâexercice des activitĂ©s ambulantes et au rĂ©gime applicable aux personnes circulant en France sans domicile ni rĂ©sidence fixe, qui organise les conditions spĂ©cifiques de rattachement des membres de la communautĂ© des gens du voyage via les CCAS des communes.
Permettez-moi de vous livrer les remarques du SIGETA, le syndicat intercommunal de gestion des terrains dâaccueil, qui regroupe soixante et une communes de ma circonscription et de celle de Martial Saddier.
Comme lâont rappelĂ© mes collĂšgues, dans un contexte de baisse des dotations, les communes et intercommunalitĂ©s refuseront la domiciliation car elles craignent de devoir Ă lâavenir supporter financiĂšrement ces familles.
Mme Catherine Vautrin. Ăvidemment.
Mme Virginie Duby-Muller. Avec la suppression des titres de circulation, comment allez-vous Ă©valuer le nombre rĂ©el de personnes du voyage et leurs besoins, qui ne seront dĂ©sormais plus identifiĂ©s, alors que les schĂ©mas dĂ©partementaux doivent ĂȘtre Ă©valuĂ©s et rĂ©visĂ©s ? Les familles nây auront aucun intĂ©rĂȘt car elles auront des difficultĂ©s Ă se faire domicilier et donc Ă obtenir des cartes dâidentitĂ© en tant que personnes sans domicile stable pour aprĂšs faire valoir leurs droits.
Les aires existantes deviendront ingĂ©rables. Montrer au gardien une carte dâidentitĂ© mĂȘme portant une Ă©lection de domicile auprĂšs dâun CCAS en tant que personne sans domicile stable nâapportera jamais la preuve que la personne appartient Ă la communautĂ© censĂ©e rentrer sur les aires dĂ©diĂ©es aux familles du voyage.
Ă court terme, risque aussi de se poser un problĂšme dâaccĂšs de familles Ă©trangĂšres ou françaises en situation de prĂ©caritĂ©, vivant en caravane, qui entreront sur les aires dâaccueil, de familles souhaitant obtenir des emplacements de caravane au rabais par rapport aux campings privĂ©s ou publics.
Mme la présidente. La parole est à Mme Virginie Duby-Muller, pour soutenir le sous-amendement no 99.
Mme Virginie Duby-Muller. Puisque lâobjectif est dâamĂ©liorer la loi du 5 juillet 2000, nous vous proposons des solutions pour amĂ©liorer le schĂ©ma dĂ©partemental dâaccueil et dâhabitat des gens du voyage.
En effet la loi Besson II ne prĂ©voit pas explicitement que ce schĂ©ma est Ă©laborĂ© de concert entre les services de lâĂtat et les collectivitĂ©s concernĂ©es, Ă savoir les intercommunalitĂ©s. Il faut pourtant Ă©viter Ă tout prix les situations de blocage dans lesquelles les communes ont lâimpression quâelles ne font que subir des obligations qui leur sont imposĂ©es par le prĂ©fet.
M. Michel Vergnier. Ce nâest pas comme ça que ça marche !
Mme Virginie Duby-Muller. Mieux vaut prĂ©venir que guĂ©rir et tout faire pour que le dispositif de sanction financiĂšre prĂ©vu Ă lâarticle 2 ne soit jamais mis en Ćuvre. Câest pourquoi ce sous-amendement, dĂ©posĂ© avec mes collĂšgues Lionel Tardy et Martial Saddier, vise Ă inscrire dans la loi lâobligation de concertation avec les Ă©lus communautaires. Je ne doute pas que cette concertation existe dâores et dĂ©jĂ , mais le but est que le schĂ©ma dĂ©partemental soit rĂ©alisĂ© dans un esprit de concertation et de coopĂ©ration qui sera bĂ©nĂ©fique Ă tous.
Mme la prĂ©sidente. La parole est Ă Mme Virginie Duby-Muller, pour soutenir lâamendement no 30 rectifiĂ©.
Mme Virginie Duby-Muller. Malgré les lois existantes, les élus sont confrontés à des difficultés en raison du non-respect de la réglementation en vigueur.
La Haute-Savoie et le territoire du Genevois en particulier en ont subi de nombreuses, pouvant nuire Ă lâimage de ce dĂ©partement touristique et Ă son attractivitĂ© Ă©conomique lorsque les installations se font sur une technopole, comme celle dâArchamps.
Ces occupations sur des terrains privĂ©s ou publics ont parfois lieu alors mĂȘme que les aires dĂ©diĂ©es sont disponibles, ce qui entraĂźne des situations trĂšs tendues au point parfois que des Ă©lus soient blessĂ©s, comme ce fut le cas Ă Frangy, ou que des menaces soient profĂ©rĂ©es â en lâoccurrence et rĂ©cemment Ă lâendroit de deux agriculteurs.
M. Bernard Accoyer. Il y en a mĂȘme un qui a Ă©tĂ© agressĂ© physiquement.
Mme Virginie Duby-Muller. Absolument.
Le maire de Neydens, qui est aussi ma supplĂ©ante au conseil dĂ©partemental, a Ă©galement fait lâobjet de menaces.
Il faut donc davantage de moyens dissuasifs, Ă lâinstar de ce qui se pratique dans dâautres pays.
Par cet amendement, je propose quâil soit possible de saisir les vĂ©hicules, notamment les caravanes, en cas dâinstallations illicites afin de les transfĂ©rer vers les aires dâaccueil du dĂ©partement.
Mme la prĂ©sidente. Quel est lâavis de la commission ?
M. Dominique Raimbourg, rapporteur. Avis défavorable, la saisie des véhicules automobiles étant déjà prévue par la loi.
Mme la prĂ©sidente. Quel est lâavis du Gouvernement ?
Mme Sylvia Pinel, ministre. MĂȘme avis.
Mme la prĂ©sidente. La parole est Ă Mme Virginie Duby-Muller, pour soutenir lâamendement no 31.
Mme Virginie Duby-Muller. Lorsque la loi nâest pas respectĂ©e, il faut donner aux forces de lâordre les moyens dâagir rapidement. Je vais vous citer plusieurs exemples, Ă commencer par celui de la technopole que jâai dĂ©jĂ Ă©voquĂ©e. Lorsque des occupations illicites sây produisent, vous imaginez bien que les investisseurs potentiels nâont pas dâautre envie que de fuir. Lorsque vous ĂȘtes agriculteur, on porte atteinte Ă votre outil de travail. Les dĂ©lais de mise en demeure suscitent Ă©galement des crispations dans la population, et lâoccupation illicite a un coĂ»t pour la collectivitĂ©, puisquâil faut rĂ©parer les dĂ©gĂąts. Je rappelle quâil est fait appel aux agents des services techniques pour nettoyer les immondices.
Compte tenu de tous les exemples que jâai mentionnĂ©s, je pense quâil est important dâagir rapidement pour que les forces de lâordre puissent verbaliser les vĂ©hicules en attendant la mise en demeure Ă©ventuelle. Une telle verbalisation aurait un caractĂšre dissuasif.
Mme la prĂ©sidente. Quel est lâavis de la commission ?
M. Dominique Raimbourg, rapporteur. Avis défavorable, car cet amendement est déjà satisfait par le droit existant.
M. Daniel Fasquelle. Lâamendement est dĂ©jĂ satisfait ? Tout va bien, alors !
Mme la prĂ©sidente. Quel est lâavis du Gouvernement ?
Mme Sylvia Pinel, ministre. MĂȘme avis.
(Lâamendement no 31 nâest pas adoptĂ©.)
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