Intervention sur le texte relatif à la Refondation pour l’école

Intervention sur le texte relatif à la Refondation pour l’école

Intervention sur le texte relatif à la Refondation pour l’école 637 348 Virginie DUBY-MULLER

Projet de loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école de la République

Mardi 12 mars 2013

Monsieur le Président,

Monsieur le Ministre,

Monsieur le Rapporteur,

Chers collègues,

 

Longtemps escamotée, voire niée, la réalité de la baisse du niveau de nos élèves est désormais largement reconnue.

« Il faut sonner le tocsin. Tous les indicateurs sont au rouge» a même écrit récemment dans le Monde l’historien de l’éducation Antoine PROST, à qui vous venez de remettre les insignes de Commandeur de la Légion d’Honneur.

Au classement des enquêtes internationales (Pisa ou Pirls) la France ne cesse de décrocher.

Sur les compétences en lecture, nos écoliers se situent entre le 14° et le 19°rang sur 21 pays.

Une dégradation que confirment nos propres études nationales menées à l’issue des évaluations de CM2 : l’évolution négative en dictée ou même en calcul est d’ailleurs inquiétante.

Faisons un rêve, Monsieur le Ministre : sur ce constat qui est une question-clé de société, car il s’agit de l’avenir de nos enfants et de notre pays, peut-on réussir à dépasser les clivages partisans ?

Odile QUINTIN auteur d’un rapport sur les rythmes scolaires du temps de votre prédécesseur Luc CHATEL, fait remarquer que l’Espagne en 2010 a réussi, devant une situation difficile de son système éducatif, à conclure un pacte scolaire entre majorité et opposition.

Elle relève d’ailleurs, qu’en France en 2011 la Commission d’enquête parlementaire multipartis présidée par Michèle TABAROT a fait des propositions très similaires au débat qui secoue actuellement le monde de l’Education.

Mais récapitulons:

  • Sur les rythmes scolaires : en 2013 ou en 2014 nous vous suivrons malgré les difficultés, le « tricotage » que vous imposez aux maires, les coûts induits pour les collectivités territoriales, le casse-tête de la réorganisation pour chacun
  • Sur la primauté donnée au primaire : nous vous suivons également car il s’agit d’une véritable  lutte contre  « l’illettrisme à l’école ». C’est, en effet, au primaire que tout commence, là que les savoirs fondamentaux – tels que lire, écrire, compter – doivent être acquis. Et je me permettrai d’insister sur la lecture. Soyez attentif, Monsieur le Ministre, à nos amendements privilégiant la méthode syllabique.
  • Sur l’apport du numérique : je vous suis également même si c’est à titre plus personnel sur ce point. Nos enfants sont, en effet, des « digital natives » : génération Y pour les 20-34 ans, génération Z (ou C comme « communiquer, collaborer, créer ») pour les moins de 20 ans. La prévention, l’explication et la surveillance restant toujours d’actualité vis-à-vis d’Internet quel que soit l’âge.

Selon l’enquête Pisa de l’OCDE, la France se classe, en effet, 24° sur 27 pour l’utilisation du numérique dans l’éducation. J’invite d’ailleurs tous mes collègues à prendre le temps d’aller visiter une  classe immersive,  il s’agit d’un véritable laboratoire pédagogique et c’est très instructif !

Vous le voyez, Monsieur le Ministre, ce sont autant de priorités ou de directions sur lesquelles nous avions déjà travaillé et autour desquelles un consensus aurait pu voir le jour pour sauver notre école.

Mais sans revenir sur la méthode qui vous est personnelle, mon rêve d’un pacte national sur l’école ne peut devenir une réalité tant certains de vos choix sont empreints d’idéologie.

Pourquoi ajouter aux savoirs fondamentaux – déjà difficiles à maîtriser – l’éducation artistique et culturelle vite connotée plutôt que l’éducation sportive de portée universelle et nécessaire dans un pays menacé par l’obésité ?

Pourquoi vouloir à tout prix généraliser la scolarisation des enfants de 2 ans alors qu’un certain nombre de spécialistes de la pédagogie sont très réservés à son propos et qu’il existe d’autres formes de socialisation que l’école pour ces jeunes enfants ?

Pourquoi parler de « plus de maîtres que de classes » alors que votre réforme devrait viser la qualité de l’encadrement et de la formation plutôt que le nombre ?

Pourquoi « vouloir arracher l’élève à tous les déterminismes familial, ethnique, social, intellectuel » en instaurant une morale laïque et un « sens  moral » qui laissent sceptiques et font primer l’éducation sur l’instruction, l’idéologie sur la neutralité ? Un de vos collègues philosophe directeur de recherches au CNRS Ruwen OGIEN parle même -au sujet de la morale laïque – d’une « mise à mal de la neutralité éthique de l’Etat ». Je le cite : « En proclamant que l’école doit s’occuper du bien et du mal, des valeurs communes, de la vie bonne et heureuse et pas seulement  du juste et de l’injuste, en affirmant que l’Etat doit donner sa « vision du bien », l’actuel ministre de l’Education Nationale risque de porter atteinte au principe du respect du pluralisme religieux » affirme Ruwen OGIEN ». Il ne faudrait pas que la neutralité éthique de l’Etat, cet acquis précieux, soit remis en cause pour des raisons finalement politiciennes ».

Le rôle de l’école n’est-il pas avant tout d’instruire et de transmettre des connaissances, Monsieur le Ministre ? Or à travers ce texte, vous l’instrumentalisez.

De même concernant la lutte contre les stéréotypes et l’éducation sexuelle dès le plus jeune âge, est–ce vraiment une priorité pour la refondation de l’école ou plutôt du ressort des parents premiers éducateurs et les premiers responsables de l’éducation de leurs enfants ? Et de grâce, ne succombez-pas aux féministes intégristes qui voudraient débaptiser les maternelles.

Pourquoi – sans vouloir relancer la querelle privé-public et en vous rappelant que j’ai fait toute ma scolarité dans des établissements publics notamment un collège classé en Zone d’éducation prioritaire – ne pas apporter de réponses claires à l’enseignement catholique sur la garantie d’égalité entre les élèves du public et du privé dans la mise en place des rythmes scolaires ou sur le financement du numérique ou encore sur le maintien de la spécificité de la formation initiale : point devenu crucial aujourd’hui alors que des assurances qui paraissaient suffisantes avaient été données !

Vous le voyez, Monsieur le Ministre, mon rêve ne pourra se réaliser. De vous, éminent philosophe, je m’attendais à plus de sagesse.

Je ne peux donc en réalité soutenir votre réforme.

Pour nos enfants et l’avenir de notre pays, j’aurai tant aimé pourtant, nous voir unis au chevet de l’Ecole !

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