Note de Gilles CARREZ

Note de Gilles CARREZ

Note de Gilles CARREZ 243 219 Virginie DUBY-MULLER

Note de Gilles CARREZ, PrĂ©sident de la Commission des Finances de l’AssemblĂ©e nationale

Les Ă©lus locaux que nous sommes doivent prendre conscience des consĂ©quences radicales de la crise des finances publiques. L’Etat qui porte 80 % de la dette publique et l’essentiel du dĂ©ficit annuel est dĂ©sormais dans l’incapacitĂ©, et pour longtemps, de soutenir les transferts financiers entre son budget et les comptes locaux. Les dotations aux collectivitĂ©s locales, auxquelles s’ajoutent les exonĂ©rations et dĂ©grĂšvements de fiscalitĂ© locale reprĂ©sentent le cinquiĂšme du budget de l’Etat. C’est le rĂ©sultat d’une longue histoire, faite de la transformation d’impĂŽts locaux en dotations et de l’inter-position du contribuable national au bĂ©nĂ©fice d’un contribuable local sollicitĂ© Ă  l’excĂšs. Et ce qui devait arriver se produit : l’Etat impĂ©cunieux, soumis Ă  l’extrĂȘme rigiditĂ© de ses dĂ©penses, n’a plus d’autre choix que d’agir sur les transferts financiers aux collectivitĂ©s locales. Ce mouvement sera durable, comme l’a Ă©tĂ© depuis 20 ans la lente Ă©rosion de la dĂ©pense d’investissement d’Etat.

La brutalitĂ© de la baisse des dotations (moins 11 milliards d’euros entre 2015 et 2017) est d’autant plus regrettable qu’elle s’inscrit dans un contexte fiscal nouveau. A la suite de la rĂ©forme de la taxe professionnelle, les collectivitĂ©s territoriales sont dĂ©sormais privĂ©es du pouvoir de taux sur les deux-tiers de la nouvelle fiscalitĂ© Ă©conomique, constituĂ©e par la CVAE et la CFE. Un pouvoir de taux subsiste sur la fiscalitĂ© mĂ©nages, mais celle-ci est prĂ©emptĂ©e par les hausses massives de fiscalitĂ© d’Etat subies par les mĂ©nages ces derniĂšres annĂ©es. La seule marge de manƓuvre qui subsiste, cĂŽtĂ© recettes, est celle de l’emprunt, les sources de financement s’étant reconstituĂ©es et les conditions de taux amĂ©liorĂ©es. Mais certaines collectivitĂ©s sont dĂ©jĂ  trĂšs endettĂ©es et la dette locale, mĂȘme si elle est d’une remarquable stabilitĂ© par rapport au PIB depuis des dĂ©cennies, s’ajoute Ă  une dette publique nationale qui dĂ©passe les 2000 milliards d’euros et franchira bientĂŽt le seuil des 100 % du PIB.

Le temps est donc venu de l’ajustement du rythme d’évolution de la dĂ©pense publique locale. Il est Ă  craindre que, dans l’urgence, les rĂ©ductions portent d’abord sur les dĂ©penses d’investissement Ă  un horizon que je situe plutĂŽt Ă  partir de 2016-2017. Mais l’objectif prioritaire doit ĂȘtre celui de l’effort sur les dĂ©penses de fonctionnement. Des gains de productivitĂ© et d’efficacitĂ© sont possibles, mais Ă  plusieurs conditions. Citons en quelques-unes.

D’abord, l’Etat doit « balayer devant sa porte ». L’incantation Ă  la rĂ©duction des normes, toujours contredite par le comportement des administrations centrales, doit cesser ; il faut passer aux actes et prendre au plus vite les dĂ©cisions radicales que chacun connait, tant sur les flux que sur les stocks de normes.

Les dĂ©penses sociales liĂ©es au vieillissement (APA), Ă  la solidaritĂ© (RSA), au handicap (PCH) ont un caractĂšre national et les dĂ©partements n’en sont que les simples opĂ©rateurs. Leur maĂźtrise passe par la rĂ©forme complĂšte du systĂšme, soit par « renationalisation », soit par dĂ©centralisation au risque de la rupture d’égalitĂ© entre territoires.

Au niveau du bloc communal, le temps de la mutualisation et de la recherche systĂ©matique des gains de productivitĂ© est venu. Mais attention aux facilitĂ©s d’une pĂ©rĂ©quation exacerbĂ©e, tant verticale qu’horizontale, qui permet Ă  certaines collectivitĂ©s de maintenir une dĂ©pense par habitant plĂ©thorique par prĂ©lĂšvement sur les ressources de collectivitĂ©s qui dĂ©pensent beaucoup moins qu’elles !

La vĂ©ritĂ© des comptes et des coĂ»ts doit devenir la rĂšgle. Avec l’abandon de la comptabilitĂ© fonctionnelle, l’absence de comptabilitĂ© analytique, force est de constater aujourd’hui que nous avons rĂ©gressĂ© dans la connaissance de la dĂ©pense locale. Le rapport « qualitĂ©-prix » du service public local, la recherche des bonnes pratiques, les comparaisons (benchmarking) doivent devenir la rĂšgle, plutĂŽt que des transferts Ă  l’aveugle entre collectivitĂ©s opĂ©rĂ©s par amendements parlementaires en fonction des rapports de force du moment.

Enfin, pour maĂźtriser la dynamique de la dĂ©pense locale, il faudra poser des questions fondamentales : comment assouplir le statut du personnel, face Ă  un Etat enclin Ă  distribuer des bonus aux catĂ©gories C dont lui-mĂȘme est largement dĂ©pourvu, comment retrouver libertĂ© et efficacitĂ© sur les marchĂ©s publics, sur les achats, comment renoncer Ă  certaines politiques imposĂ©es en gĂ©nĂ©ral par l’Etat ?

C’est une nouvelle Ăšre qui s’annonce pour les finances locales. Chacun d’entre nous doit l’accepter, mais exiger en contrepartie les marges de manƓuvre permettant d’y faire face. L’Etat est nu, le mettre en cause sans proposer relĂšve dĂ©sormais de la gesticulation.

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